
Le lièvre : un gibier aussi fascinant qu’insaisissable
Connaître le comportement du lièvre est l’une des conditions essentielles pour espérer le chasser avec succès. Ce gibier reste sans doute le plus mystérieux de nos campagnes. Véritable énigme, souvent déroutant, il met à l’épreuve chiens et chasseurs qui, parfois, finissent par « perdre leur latin ». Certains y voient des ruses, d’autres de simples réactions naturelles… Quoi qu’il en soit, avec le lièvre, rien n’est jamais acquis d’avance !
Une tradition française millénaire
Pratiquée depuis près de vingt siècles, la chasse du lièvre aux chiens courants fait partie intégrante du patrimoine cynégétique français. Elle a contribué à la sélection et au développement de nos races les plus prestigieuses.
Des lignées suisses parmi les plus anciennes d’Europe
Bien avant leur introduction en France, les chiens courants suisses étaient déjà réputés pour la chasse au lièvre. Leurs lignées comptent parmi les plus anciennes d’Europe : plus de deux mille ans d’histoire, de sélection et d’adaptation à ce gibier particulièrement difficile. Leur finesse de nez, leur endurance et leur intelligence en font des auxiliaires précieux pour une chasse exigeante, mais toujours passionnante.
Depuis plusieurs décennies, les chasseurs français ont entrepris avec succès l’élevage de ces chiens courants suisses, qui se sont révélés parfaitement adaptés à nos terrains et à cette quête si complexe du lièvre.
Les chiens courants suisses ont participé pour la première fois à un brevet de chasse sur lièvre en France dans les années 1975, sous la conduite du Dr. Guillet.
Dans les coulisses de la vènerie : le secret des chiens créancés
Dans le vocabulaire de la vènerie, certains mots anciens traversent le temps sans perdre de leur importance. C’est le cas du terme « créancé », qui ne désigne pas seulement un chien bien dressé, mais un auxiliaire de chasse exceptionnel, façonné par la rigueur, l’expérience et la fidélité à une voie unique.
Le mot « créancer » plonge ses racines dans l’ancien français et signifiait « donner sa créance », autrement dit accorder sa confiance. En vènerie, le sens a évolué pour désigner l’action d’habituer un chien à chasser exclusivement un type de gibier. C’est-à-dire qu’on lui apprend patiemment à suivre une seule voie et à rejeter toutes les autres.
Parmi toutes les disciplines, la créance sur le lièvre est réputée comme l’une des plus exigeantes. La raison en est simple : la voie du lièvre est délicate, presque insaisissable. Le lièvre laisse une émanation fine, légère, souvent déposée durant la nuit. Lorsque les chiens entrent au travail, des heures plus tard, il leur faut retrouver, relever et démêler cette trace ténue. Rien à voir avec la voie plus marquée d’un animal lourd comme le sanglier ou le chevreuil.
Nos chiens courants suisses et nos Brunos Saint Hubert Français, créancé sur le lièvre doivent donc posséder un nez exceptionnel, mais surtout une concentration sans faille et une volonté tenace. Car la facilité—celle de suivre une piste plus forte, plus récente, plus excitante—est toujours à portée de museau.
Ainsi, le chien créancé n’est pas seulement un auxiliaire de chasse ; il est le symbole d’une tradition fondée sur la patience, la rigueur et l’harmonie entre l’homme et l’animal. Une alchimie rare, qui fait toute la noblesse de la vènerie.
Au cœur de l’excellence : les meutes de chiens courants suisses de notre club
1. RECIT D’UNE JOURNEE DE CHASSE EN FEVRIER…

Le temps n’était pas très bon en ce dimanche matin, (vent froid et brouillard). Avec mon pote, nous décidons de découpler vers 9h. Après quelques minutes de quêtes infructueuses, les brunos commencent à se récrier sur des voies de la nuit, puis un rapprocher se met en place dans une vieille luzerne, en direction du bois. La meute de Bruno traverse cette forêt et rentrent dans un labour, la voie se réchauffe. Les chiens sont très criants, forment une boucle pour revenir dans le bois, et là, plus rien, plus de bruit pendant quelques secondes. D’un seul coup, les chiens lancent un lièvre qui fera le tour de ce bois pour ressortir dans la plaine, puis le labour où la terre est extrêmement collante. Les chiens le maintiennent très bien, mais nous, au bout d’une heure, nous commençons à être dans le rouge. Le copain va récupérer la voiture car ça va très vite, de plus ça ne part pas dans la bonne direction. Moi de mon côté, j’essaie d’écouter où sont les brunos, mais là plus rien. Le temps que la voiture arrive, on arrive à recoller aux chiens grâce aux colliers de repérage, 30 mn plus tard. On les aperçoit dans un champ de colza où ils étaient en défaut. Les brunos travaillent bien et relancent le capucin à vue, et c’est reparti, toujours à grande vitesse vers le village voisin. Une vingtaine de minutes plus tard, on retrouve les chiens de nouveaux en défaut dans un pré entouré d’ursus. Ils essaient de retrouver la voie du lièvre, mais en vain, comme si celui-ci s’était envolé. Les brunos sont tenaces et continuent de travailler. Au bout d’un moment, on aperçoit le lièvre redémarrer dans le dos des chiens mais de l’autre côté du pré d’ursus. Le clocher du village sonne midi et là, on se regarde avec le copain, on se dit que si les chiens ne relèvent pas le défaut seul, on les arrête. C’était sans compter sur la persévérance et le courage des brunos, ils n’ont rien lâché, relèvent ce défaut avec brio, et la chasse repart à fond, mais en direction de la grande route très passante. Nous reprenons vite la voiture afin de pouvoir arrêter les chiens avant la route, là on voit le lièvre arriver, il est occis au point qu’il s’arrête tous les 10 mètres, il entend les brunos arriver. Je me mets à taper dans mes mains pour l’effrayer pour éviter qu’il traverse. Les chiens arrivent et le cherchent des yeux sentant qu’il était sur la fin. Pour éviter tout problème, nous avons préféré arrêter les chiens avant de le prendre. Merci aux Brunos

Texte : Michel Menou
2. LA CHASSE DU LIEVRE QUI MARQUERA NOTRE MEMOIRE AVEC SEIZE BRUNOS DU JURA
Invités dans ce merveilleux territoire de l’Ardèche avec mon collègue Gilles Balandraud pour une partie de chasse, nous décidons de grouper les deux meutes soit seize Brunos.
Arrivés sur place, les chiens sont lâchés de la remorque, nous nous présentons aux accompagnants ainsi que nos chiens.
Les caresses et discutions vont bon train, le moment est venu d’allumer nos GPS et d’équiper nos chiens à qui nous demandons de venir chercher le collier.
Nous voilà partis plein d’espoir bien que le terrain du matin soit un peu compliqué, le temps passe les chiens travaillent avec concentration, bien groupés, s’ameutent à la perfection ce qui nous rassure vu que les parties de chasse ensemble sont très rares.
Après une heure de recherche sans rien de sérieux, Gilles en grand connaisseur me propose de faire l’autre versant de la colline qui l’inspirait, nous rappelons nos chiens et quelques centaines de mètres plus loin ils prennent connaissance, la meute se regroupe et appelle sans trop de conviction.
Peu de temps après le lot s’aligne avec précision sur une retirée, très appliqué, très criant, un simple regard et un léger sourire avec mon collègue nous fait comprendre que nous pensons la même chose, on est sur le bon !…
Le temps passe, nous prenons plaisir à voir nos seize compagnons chassant le nez au sol bien sur le fil évoluer avec assurance, on s’en rapproche il n’est pas loin, un peu de temps mort nous permet d’arriver à leur côté et là sous nos yeux au nez des chiens lancé explosif, le capucin décide de courir comprenant qu’il ne faut pas rester là.
Un vallon est passé on n’entend plus nos chiens, on essaie de suivre tant bien que mal dans les bois fermés et les pentes raides de l’Ardèche, arrivés en crête, on entend la menée qui retournait et se rapprochait à vive allure, que du plaisir, ça revient.
Quelques défauts et balancés soigneusement relevés, y compris sur la route et les chemins blancs, la meute passe à une centaine de mètres de nous et fait la même boucle sur notre côté droit.
On en prend plein les oreilles, le lièvre refait le même circuit deux fois et change radicalement de coin.
Après une dizaine de minutes il revient sur nous, le cercle se resserre, il part de moins en moins loin et tourne autour de nous, pensant qu’il allait remonter je reste sur le chemin, Gilles suit les chiens dans la combe et dix minutes après, grand silence, inquiétude ils l’ont perdu ?…
Soudain troisième relancé très criant par une petite U et stop plus rien.
Nous avons bien compris que le lièvre était pris, je rejoins mon collègue pour participer à la recherche, le temps d’y arriver il avait repéré cette petite femelle assise à côté de son lièvre, grande joie, plaisir et étreinte.
Pour la petite histoire, depuis une trentaine d’années que nous chassons ensemble une à deux fois par an et fait de très grosses et longues chasses en groupant les meutes, c’est la première prise en commun.
Cette partie de chasse restera gravée dans nos mémoires à jamais.
Merci à nos Brunos.


Texte : Gilles Balandraud et Alain Lopez
3. SAISON 2025-2026, VOICI NOTRE 33ème OUVERTURE AVEC DES CHIENS COURANTS SUISSES BERNOIS

Dès la première année, mon frère et moi avions décidé de créancer notre meute de bernois, dans la voie du lièvre. Comme beaucoup, nous avons traversé des moments difficiles car les chasses n’étaient pas à la hauteur de nos espérances. La chasse du lièvre aux chiens courants est une école d’humilité, de patience et de persévérance. Éclairé par des conseils avisés de maitre en la matière, maintenant les moments merveilleux sont de plus en plus nombreux, comme ce dimanche de février, ou Philippe nous avait invités pour une chasse au lièvre.
Après quelques kilomètres sur un chemin de calcaire, nous nous sommes garés dans une jachère, juste derrière un petit bois. Nous descendons de la voiture, un brouillard épais nous enveloppe, et le froid nous pique.
La meute, composée d’une dizaine de Chiens Courants Suisses Bernois, descend de la voiture. Nous équipons chaque chien d’un collier. Après avoir fermé le véhicule, pris le bâton et mis la corne en bandoulière, nous sommes prêt, pour cette chasse du lièvre dite au bâton avec une meute de chiens courants. Les chiens se sont vidés et ils commencent à quêter. Après quelques minutes, Falco, Loquace et Nitro se récrient, rapprocher ? , voies de la nuit ? dans cette jachère rien n’est moins sûr. Les chiens rameutent et se mettent en ligne, là, le rapproché commence. Après deux ou trois détours dans la jachère, les chiens arrivent face à un labour. Ils y font un tour, mais ils ne trouvent rien. Falco reprend la voie du lièvre en bordure. Le lièvre l’a parcourue plusieurs centaines de mètres avant de sauter dans le labour pour s’y retirer. Les chiens se concentrent sur les émanations, ils sont en meute, tout le nez au sol collés et appliqués sur cette voie difficile. Nous avançons, dans une terre amoureuse qui colle à nos chaussures, comme elle a collé aux pieds du lièvre. C’est de plus en plus difficile et les chiens se récrient ici, plus loin, à droite, à gauche. Voilà une ruse caractéristique d’un lièvre avant de se giter. Ces sauts lui permettent, de laisser son odeur non plus comme un fil, mais en pointillés. On avance au pas mais on avance. Le brouillard, nous empêche de nous situer dans l’immensité de ce labour et d’aider les chiens. Ils s’écartent, tandis que nous restons sur place, tous aux aguets. Nous avons trouvé plusieurs gîtes, il est surement gîté pas très loin.
C’est Lautrec qui lance, débusqué, le lièvre lui part au nez. Les chiens rallient, la menée commence dans un tonnerre de récris. La chasse va vite, le lièvre cherche à distancer la meute, et nous sommes rapidement incapables de suivre ce rythme infernal. Pendant 30 minutes, nous courrons dans le brouillard, en suivant la meute aux sons de ses récrits. La chasse tourne et nous revient, Philippe pense que les chiens sont dans le bois, sur le versant juste en face. Quand nous les rejoignons cela fait déjà près de 15 minutes que les chiens cherchent à démêler la voie du lièvre dans ce bois.
2, 4, 7, 8,9 ils sont tous là, la chasse est moins rapide, les chiens sont toujours très criants et en meute. Le lièvre a pris beaucoup d’avance, il enchaine les ruses. On avance avec eux jusqu’à un chemin qui traverse le bois, certain sautent en face mais plus rien.
Espoir recule et cherche sur chemin, à droite rien, c’est à gauche qu’il le retrouve, il se récrits et tous les Bernois rallient. Holly et Nitro confirment en donnant à leur tour sur les cailloux. La meute avance pendant plusieurs centaines de mètre, Garou Icare Lautrec cherchent sur la banquette de gauche, Figaro, Falco, Loquace sur la banquette de droite. C’est Figaro qui retrouve le premier la sautée, avant que tous les chiens empaument la voie. On avance toujours dans le bois les chiens se récrient de plus en plus fort, la chasse file un long moment, puis plus rien. La meute est en bout de voie, quelles ruses le lièvre a-t-il bien pu faire ? Une double, un changement brusque de direction, des sauts …
Les récris de Garou déchirent le silence, ce relancer nous libère. Il a relevé cette ruse appelée chez nous une double, c’est dire que le lièvre est revenu sur ses pas pendant une distance plus ou moins longue. Nous voyons le lièvre partir à travers la végétation descendre vers la route. Nous descendons le plus vite possible car je ne suis pas très rassuré, même si le brouillard a disparu.
Par chance, le lièvre à suivit la lisière à l’intérieur du bois sur une longue distance ce qui nous permet d’être sur la route avant les chiens. Cette petite route communale n’est pas très fréquentée, et cela tombe bien. Les chiens la sautent pour aller dans la vigne, en face, mais sans succès. Espoir recule et cherche sur la route, mais c’est Holly le retrouve un peu plus bas, elle se récrie, il est bien passé par là. La meute se reforme, et les chiens descendent. Espoir, Holly et Nitro, les chiens de route, maintiennent le lièvre, ils descendent, descendent toujours, cela me parait interminable.
Enfin, à la frontière entre le champ de la vigne et un champ de blé le lièvre a repris son parti. Les chiens montent dans le semis, tel un essaim d’abeille. La meute balance sur cette voie fugace, que le soleil vient maintenant réchauffer, ce qui les défavorise. Certainement dérangés lors de notre passage dans le bois, trois chevreuils sortent de la vigne et passent à 50 mètres devant eux, pour monter vers une haie sur la gauche. Heureusement, les bernois sont créancés. Ils continuent droit sur leur lièvre, qui longe la vigne vers la ligne de crête du coteau.
De ce point culminant, on découvre un paysage de monts et de vaux, baigné par une lumière aussi cristalline que le brouillard était épais au matin. Philippe profite du panorama pour nous indiquer que le lièvre va prendre les champs, pour revenir à son point de lancer. La chasse continue en forlonger, pendant 5 ou 6 kilomètres, jusqu’à proximité de la voiture. Là, la meute toujours criante, se dirige vers un enclos à mouton qui prolonge le bâtiment d’une ferme. Philippe nous demande s’il est possible d’arrêter les chiens et de faire le tour du parc, afin de respecter la quiétude des moutons. Au profit de la gêne occasionnée par le grillage, nous reprenons les chiens, et contournons la ferme.
Malheureusement, malgré tous nos efforts, avec les chiens ne retrouveront pas le lièvre. La chasse aura duré presque 2 heures et nous aurons passé un moment magique et merveilleux avec Philippe et nos Chiens Courants Suisses bernois à poursuivre un lièvre.

Texte : Franck Moufflet
4. DE BOIS EN BOIS Chasse de janvier 2017

Après le coup de téléphone à mon ami Pascal, nous décidons d’attaquer la route de Laubertiène. À 9 h 15, je gare mon véhicule aux « Billettes », le bâton, la pibole, et hop, j’attends mon collègue, pourtant rarement en retard… !
Dès son arrivée, nous découplons les dix chiens et décidons de battre la plaine.
Les chiens, calmement, filent vers le « bois Redons » où, dans les semés, les blés pointent leur nez. Gretta et Jaurès donnent quelques coups de voie ; les autres chiens s’empressent de les rejoindre et ont eux aussi connaissance de la voie. Les fouets battent, la meute se met en ligne, et Gala emmène le rapproché sous la vigne à « Rouffignac ». Silence radio… puis récris éclatants : le lièvre, qui était gîté en bord d’une culée, est parti à leur nez. Déjà Gamba et Java ont pris la tête de la chasse.
Celle-ci coupe la vigne et saute au bois Redon, direction celui de Bouchauds. Le temps de traverser, nous retrouvons nos dix chiens sur le chemin empierré qui sépare les deux voies. Ils travaillent sur la droite en paquet, mais rapidement Gala, Ivoire et Gretta, le nez piqué dans les cailloux, ramènent la meute sur la gauche, relevant la double de ce rusé capucin.
En bout de chemin, une petite route traversière va vers l’élevage de poules. J’aperçois notre lièvre passant en contrebas, entraînant derrière lui nos Brunos. Les chiens crient fort, la chasse file vite ! Lièvre et chiens coupent la route du petit Courbillac, direction les truffières où le train ralentit.
Notre animal, retapé dans ce grand roncier, se fait relancer. Placé sur une butte, je vois, traversant plaine et labour, Gala, Gamba, Gretta, Jaurès, Ivoire, Java, Épice, Julie et Hercule. Les Brunos n’ont pas l’intention de le lâcher : la voie est bonne, ça roule, et ils chantent gaiement !!! Moi, je suis déjà en retard !
Mais d’un coup, silence : balancé dans la Chichagne, sur les trous de renard. Pascal, m’ayant devancé bien sûr, placé face à la chasse, voit les chiens monter vers lui silencieux dans ce chemin creux, presque de front. Ils reculent, le nez rasant le sol, festonnant les deux côtés du chemin. Un coup de gueule de Gala ramène tout le monde sur un petit tertre. Et soudain, récris éclatants : les Brunos viennent de relancer de nouveau notre animal, spécialiste des doubles…
Il monte directement au ball-trap, saute au bois Lambert, puis aux Houiller où il se fait battre un moment. Après quelques balancés, sous l’impulsion d’Ivoire et d’Épice, ils débuchent pour filer droit vers les Bouchets, sur Saint-Genis.
Étant resté sur un point haut, je vois la menée à ma gauche ; la meute reste bien compacte. Un mauvais labour, puis un blé traité, ralentissent un peu ceci. Les chiens filent vers le bois où, en lisière, se crée un petit défaut relevé par Julie et Java. Le lièvre a dû se retaper un instant en bordure de chemin ; la chasse repart, tous les chiens sont là, bien criants. Notre animal se fait battre au bois et dans les ronces qui l’entourent. De temps en temps, un moment de silence et un balancé nous font douter !
Trois chevreuils jaillissent, mais la créance est respectée. Relancé dans la Palène, notre lièvre file au bois des Vaches, le long de la petite route direction Grosbot. Après deux ou trois kilomètres, il recule ; le train est rapide. Le lièvre reprend la plaine face aux Claireaux. Se ravisant, il revient vers nous, la meute toujours à ses trousses.
Pascal a pris à gauche des chiens, et je reste sur le chemin qui longe ce bois, persuadé qu’il va venir passer par là pour retourner vers le lancer. Erreur : notre capucin, ayons décidé autrement, prend le travers et coupe direction la grande vigne de Saint-Genis, au pigeonnier. La pression qu’exercent nos Brunos à ses trousses ne se relâche pas, et les récris s’éloignent.

Le lièvre fait deux à trois fois le tour de celle-ci ; Pascal le voit. Sentant qu’il ne peut se débarrasser des chiens, il vient vers la voie gallo-romaine et, ce faisant, il me passe à cinquante mètres devant. Il est gris, très mouillé. Je le vois enfiler la voie et filer droit jusqu’à une courbe où je le perds de vue. Les chiens arrivent et ont beaucoup de difficultés pour l’enmener.
Nos Brunos ne lâcheront rien. Faisant le coupé au bout de cette voie, ils sautent dans la pièce de blé et retrouve celle-ci, qui vont aller travailler sur la route de Dorgeville. Un bout de goudron plus loin, notre lièvre saute dans la vigne voisine, côté gauche de la route, puis la traverse pour sauter dans celles de Saint-Cybardeaux, côté droit. Nos chiens s’appliquent et ne le lâchent pas jusqu’au chemin blanc bordant la réserve de cette commune. Je vois la chasse se diriger droit vers les autres grandes vignes de Saint-Cybardeaux.
À partir de ce moment, je suis sur la route, lâché ; je décide de retourner à la voiture. Pascal continue de suivre la chasse de loin et a vu notre animal reculer et sauter dans un labour blanc d’eau.
Ivoire, qui y excelle, entraîne le reste de la meute qui s’étire. Le temps d’aller chercher et de revenir avec mon véhicule, je retrouve mon collègue bien plus loin, regardant les chiens au milieu d’un immense labour couvert d’eau, essayant de retrouver leur animal depuis un grand moment.
En faisant border le labour par les chiens, nous finissons par avoir un récrie sur un bout de voie qui se dirige vers la route du garage. Nous n’en sommes qu’à peine à une centaine de mètres ! Trop dangereux ! De toute façon, les chiens ont bien chassé, les piqueux sont cuits, nous décidons d’arrêter.
Notre lièvre s’est sûrement retapé, il a une bonne demi-heure d’avance et ne doit plus laisser beaucoup de sentiment. Il a gagné, bravo à lui. Nous le reverrons sûrement, c’est cela notre plaisir : le travail de nos chiens, lors de ces chasses aux bâtons où il faut toujours rester humble.
D’autre part, ce temps brumeux convient parfaitement à la chasse de notre animal, même s’il rend le paysage monotone sur ce territoire.
Merci à nos Brunos, races tant critiqués alors qu’ils sont souples intelligents, qu’on peut mettre aux ordres comme les autres. Ils ne sont pas têtus, ils sont tenaces. Merci à eux pour ces dizaines d’années de plaisir, et ils chassent même en meute.
Combien de vilaines chasses fait-on pour en avoir quelques bonnes ? La voie, la météo, l’animal : nous sommes tributaires de tant d’éléments !
Chasse d’humilité.

Texte : Daniel Bouyat
Conclusion : un investissement pour une chasse d’exception
Obtenir des chiens parfaitement créancés lièvre représente sans doute l’aboutissement du travail d’un dresseur de chiens courants. Cette maîtrise ne s’improvise pas : elle exige une patience à toute épreuve, une sélection rigoureuse des lignées et une cohérence irréprochable dans chaque étape de l’éducation.
Cet engagement, qui mobilise temps, énergie et savoir-faire, finit toutefois par offrir une récompense unique. Entendre sa propre meute, parfaitement « ameutée », déjouer les ruses d’un vieux capucin, tenir la voie des heures durant sans jamais s’égarer, c’est assister à l’expression la plus pure d’une harmonie entre le chasseur, ses chiens et le territoire qu’ils parcourent ensemble.
C’est là, sans doute, que réside toute l’essence de la chasse aux chiens courants.
Questions à choix multiples : Tester ses connaissances sur les chiens courants suisses


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