Dans l’univers de la cynophilie et de la vénerie, il existe une fascination particulière : celle d’assister à l’éveil d’une vocation. Observer un jeune chien, porté par un instinct ancestral, passer de l’insouciance d’un chiot maladroit à la rigueur d’un athlète accompli fait naître l’espoir chez tout passionné. Pourtant, rien n’est immédiat. Le parcours est exigeant, parfois semé de doutes. Faire d’un chiot prometteur un véritable chien courant d’exception ne doit rien à la chance, mais tout à la patience, au travail et à la passion.
C’est le fruit d’une alchimie complexe entre génétique, patience, dressage rigoureux et une connaissance pointue de la règlementation officielle. Dans cet article, nous décryptons les étapes cruciales de cette ascension, de l’éveil de ses premiers pas en forêt jusqu’à la reconnaissance officielle du titre tant convoité.
La sélection génétique. Tout commence bien avant la naissance. Pour espérer obtenir un titre de champion, la base doit être solide. On ne bâtit pas une cathédrale sur du sable, et on ne fait pas un champion sans une génétique de pointe validée par le club de race.
L’importance des origines et de la santé
Lorsque l’on recherche un chiot, l’esthétique ne doit pas être le seul critère. Si le respect du standard de la race est important, les aptitudes et la qualité génétique priment. Il est donc essentiel d’étudier attentivement le pedigree et de privilégier des parents ayant fait leurs preuves, que ce soit en travail, ou en exposition.
Par ailleurs, la santé est un facteur fondamental. Un futur champion — doit avant tout être sain, équilibré et bien dans son corps comme dans sa tête.
Il est également indispensable de bien réfléchir au type de chasse que vous pratiquez : quel gibier vous souhaitez chasser, dans quel biotope, et sur quelle superficie de territoire. Tous les chiens ne sont pas adaptés à toutes les situations. Par exemple, un chien courant n’est pas fait pour évoluer sur un petit territoire, ni pour chasser tous les types de gibier.
Enfin, ne vous laissez pas uniquement guider par l’avis d’un ami : prenez le temps de réfléchir à ce qui correspond réellement à vos attentes et à votre manière de chasser.
Le choix de l’individu dans la portée
L’équilibre du chiot dépend en grande partie du travail de l’éleveur. Si celui-ci a été fait correctement, il y a peu de risques que le chiot présente des troubles de l’équilibre mental, sauf dans le cas d’un problème d’origine génétique.
Il est important d’observer les chiots dans différentes situations : en présence de l’homme, face à un environnement nouveau, et au contact de leurs congénères. Un bon futur chien de chasse se distingue souvent par sa curiosité, son assurance, son envie d’explorer et son intérêt pour les odeurs. Il ne doit être ni excessivement craintif, ni agressif, ni trop passif.
On privilégiera un chiot éveillé, volontaire, équilibré, qui interagit facilement avec son entourage. Un chiot trop timide pourra manquer d’initiative à la chasse, tandis qu’un chiot trop dominant ou trop nerveux pourra être plus difficile à canaliser par la suite.
Vérifiez les aplombs. Un chien courant est un marathonien ; des défauts d’aplombs entraîneront une fatigue prématurée à l’âge adulte.
Enfin, un coup d’œil sur la dentition sera utile afin de vérifier l’alignement des mâchoires et l’absence d’anomalies visibles.

L’imprégnation du milieu
Quel que soit le chien que nous choisissons, le temps que nous passons avec lui est essentiel.
L’arrivée d’un jeune chien courant au sein d’un foyer est une étape cruciale qui demande patience, temps et attention. Les chiens courants suisses sont reconnus pour leur intelligence, leur sensibilité et leurs grandes capacités d’adaptation, mais ces qualités doivent être cultivées dès leur plus jeune âge.
Durant les premiers mois, il est vivement conseillé de garder le chiot à la maison pour l’accompagner dans sa découverte progressive du monde. La période clé de socialisation, entre 2 et 6 mois, doit inclure une exposition variée et positive à différents stimuli : odeurs, bruits, personnes, animaux, ainsi que la découverte des divers biotopes de chasse.
Forêt, plaine, montagnes, zones humides ou terrains rocheux, chaque milieu présente des défis et des repères spécifiques. Familiariser le chiot avec ces environnements lui permettra de développer ses compétences naturelles, d’affiner son flair et de s’adapter aux conditions variées qu’il rencontrera lors des sorties de chasse.
Cette immersion précoce dans les différents biotopes est indispensable pour former un chien équilibré, confiant et performant, capable de répondre efficacement aux exigences du terrain et de son maître. Une socialisation bien menée garantit un compagnon fiable, sociable et apte à évoluer avec succès dans les activités cynégétiques.
« Prenez le temps d’emmener votre jeune chiot, dès l’âge de 3 mois, en forêt. Installez-vous tranquillement sur un tronc d’arbre et laissez-le découvrir, à son rythme, son futur territoire de chasse. Au début, il hésitera et restera près de vous, puis, peu à peu, il s’éloignera davantage, explorant avec curiosité. Il comprendra très vite qu’il doit se servir de son nez pour revenir sur son pied et vous retrouver. »
Du débourrage à la créance : l’école de la rigueur
C’est ici que se joue la différence entre un simple auxiliaire de chasse et un futur chien courant champion breveté par la centrale canine. Cette phase s’étend généralement de 6 mois à 2 ans.
Chaque éleveur et chaque propriétaire possèdent leur propre manière de former leurs chiens, même si ces approches se rejoignent souvent.
Les quatre variétés de chiens courants suisses présentent des caractères bien distincts : certaines sont plus indépendantes, d’autres plus souples, plus affirmées ou plus ou moins têtues.
Elles partagent néanmoins toutes une relation exceptionnelle avec leur propriétaire et sa famille.
Ce sont des chiens doux, qui ne mordent pas et qui se montrent très dociles avec les enfants.
Certaines variétés ont besoin d’un cadre plus strict, mais avec une main ferme et juste, jamais trop dure. D’autres demandent plus de répétitions et de corrections, alors que pour certaines, trois corrections suffisent.
En revanche, restez toujours constant dans votre ligne de conduite, en vous accrochant au même fil et au même objectif. Ne vous laissez pas distraire par les beaux yeux de ces chiens courants : ils savent très bien s’en servir.
Pour espérer former un champion, le chien courant suisse comme le Bruno Saint-Hubert français doivent comprendre très tôt la raison pour laquelle ils sont élevés : la chasse.
Ils doivent rapidement prendre confiance avec l’odeur du gibier ciblé, apprendre à la reconnaître et à la suivre de manière autonome. Ce travail se construit par la mise en place de pistes, en s’appuyant sur le naturel ou des parcs d’entrainement.
Pour le tout jeune chien, cela doit avant tout rester un jeu.
Travailler les différentes phases de la chasse
Former un chien courant champion ne se résume pas à obtenir une belle menée. Un grand chien se reconnaît à sa capacité à exceller dans l’ensemble des phases de la chasse, depuis la première émanation de voie jusqu’au moment décisif de la confrontation avec le gibier. Ces phases, au nombre de quatre, constituent le socle du travail cynégétique.
- Le rapprocher : Capacité à remonter une voie froide (ancienne) jusqu’à l’animal. C’est souvent là qu’on reconnaît les grands nez.
- Le lancer : L’action de faire partir l’animal de sa remise.
- La menée : La poursuite criante et soutenue.
- Le ferme (pour le sanglier) : Le sanglier qui fait tête aux chiens, ceux-ci tout en aboyant pour alerter le maître. Cette phase exige du chien un courage certain, associé à une prudence maîtrisée afin d’éviter les risques liés à la confrontation.

Nutrition et préparation physique : le carburant de la performance
On oublie souvent qu’un chien courant champion est un véritable athlète de haut niveau. Une seule journée de chasse peut représenter entre 10 et 30 kilomètres parcourus en terrain accidenté, avec des variations d’allure constantes, des efforts prolongés et des phases d’intensité extrême. Sans une préparation adaptée, même le meilleur chien finit par plafonner.
Fini la « soupe » traditionnelle, souvent trop pauvre et déséquilibrée. Pour développer sa musculature, son endurance et sa capacité de récupération, le chien a besoin avant tout de protéines, essentielles à la construction musculaire, et de lipides, qui constituent le principal carburant du chien en effort prolongé. L’alimentation doit être riche, digestible et régulière. Elle peut être composée de croquettes ou d’une ration de type BARF, selon les possibilités et les préférences du propriétaire.
En période hors chasse, une alimentation d’entretien équilibrée suffit à maintenir la forme du chien. En revanche, dès que la saison de chasse débute, il est essentiel d’augmenter significativement l’apport calorique afin de soutenir l’effort intense et prolongé. Cette adaptation nutritionnelle permet au chien de conserver son endurance, sa vigueur et sa récupération optimale tout au long des sorties.
Veillez également à bien surveiller sa santé, car un chien en pleine forme est le premier garant de ses performances sur le terrain.
La route vers l’excellence :
Obtenir le titre de champion en beauté
La toute première étape est de faire confirmer votre chien auprès d’un juge confirmé de la Société Centrale Canine (SCC), dès l’âge de 12 mois. Cette confirmation atteste que votre chien correspond au standard de la race et ouvre la voie aux concours d’exposition.
Votre compagnon est beau et performant sur le terrain ? Il faut désormais le prouver devant les juges et naviguer dans les méandres administratifs de la SCC.
Pour prétendre au titre de champion, plusieurs étapes et titres d’exposition de beauté sont nécessaires, parmi lesquels :
Il est indispensable d’obtenir ces titres devant au moins trois juges différents, afin d’assurer une reconnaissance large et objective de la qualité de votre chien.
- Le CAC (Certificat d’Aptitude au Championnat), à obtenir au moins une fois lors d’une National d’Élevage ou d’une Exposition Championnat de France (organiser par la société centrale canine).
- Le CACIB (Certificat d’Aptitude au Championnat International de Beauté), à obtenir lors d’une exposition internationale reconnue par la centrale canine.
- Le CAC (Certificat d’Aptitude au Championnat), à obtenir au moins une fois lors d’une exposition nationale reconnue par la centrale canine.
- Le Brevet de chasse (reconnue par le club de race et par la centrale canine), avec un titre d minimum d’un très bon (135 à 149 points), attestant des qualités cynégétiques et du travail sur le terrain.
La route vers l’excellence :
Obtenir le titre de champion en travail
Pour obtenir le titre de champion en travail, le parcours se divise en deux parties essentielles :
Première partie : le travail :
Le CACT (Certificat d’Aptitude au Championnat de Travail)
Il vous faudra obtenir 2 CACT, chacun délivré par deux juges différents lors de compétitions officielles, avec un score minimum de 160 points. Ces certifications attestent des qualités de travail du chien sur le terrain et sont indispensables pour valider son excellence cynégétique.
Le chien doit être âgé de minimum 15 mois et moins de 8 ans pour participer aux épreuves A, B, E, F et G, et de minimum 12 mois et moins de 8 ans pour les épreuves C et D.
Deuxième partie : la beauté :
Pour valider le titre de champion en travail, il est impératif que le chien ait obtenu au minimum la mention « Excellent » lors d’une exposition officielle — qu’elle soit nationale ou internationale, et reconnue par la Société Centrale Canine (SCC) — dans l’une des classes suivantes : ouverte, travail ou intermédiaire.
Une fois toutes les conditions remplies — obtention des titres en exposition, brevet de chasse avec un minimum de points — la demande finale d’homologation du titre de champion doit être adressée au président du club de race. Celui-ci se charge de la transmettre à la Société Centrale Canine pour validation officielle.
Ce dernier passage administratif est une étape clé qui couronne le travail accompli, officialisant la reconnaissance de votre chien en tant que champion.

Conclusion
L’ascension de chiot chien courant à chien courant champion est une aventure exigeante. Elle demande au propriétaire d’être à la fois dresseur, soigneur et secrétaire administratif pour gérer les certificats et les homologations auprès de la SCC.
Mais lorsque le titre est enfin officialisé, c’est la consécration. C’est la reconnaissance que votre compagnon est un représentant parfait de sa race, tant par sa morphologie que par sa passion de la chasse. Que vous visiez le championnat de la nationale ou simplement la fierté d’avoir un chien « bon et beau », rappelez-vous que chaque champion a débuté par un premier aboiement timide en forêt.


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